dimanche 22 novembre 2009

Confusion entre civils et combattants : l’incorporation du langage courant dans la langue du droit

Le jus in bello se fonde sur la distinction entre les membres des forces armées et les personnes qui n'en font pas partie afin de garantir la protection de la population civile. Les conflits armés contemporains de ces quatre dernières décennies ont révélé les exactions commises par des groupes paramilitaires n'ayant pas le statut de combattant. La survie du principe de délégation des affaires militaires dans le temps a débouché sur la réglementation de ces groupes afin qu'ils aient droit au statut de combattant selon des modalités posées en 1907 et modifiées en 1977. Ces modalités issues de l'observation rationnelle de différents conflits de décolonisation de par le monde cristallisent implicitement la dissymétrie et l'asymétrie liées à l'art militaire .

Malgré le cadre conventionnel, la détermination de différentes personnes habilitées à combattre n'enduit pas les inquiétudes sur leur statut et elle appelle à une nouvelle lecture du droit positif à cause d'usage de plus en plus croissant du vocabulaire extérieur au droit. Si ce dernier connaît par exemple les volontaires, c'est à tort que la doctrine a généralisé ceux-ci dans les conflits armés comme une catégorie de combattants. Le volontaire dans le jus in bello paraît comme une forme larvée du mercenariat par l'absence de bénévolat chez des personnes qui prennent part aux hostilités d'une part et une option dissimulant l'ingérence d'autre part. Le volontaire procède de la nature du recrutement. Il y a dans ce sens, les recrues par contrainte et les recrues par libre consentement. Les deux catégories peuvent concerner tant les ressortissants de l'État belligérant que des États tiers mais pas ceux de l'adversaire dont l'enrôlement forcé est un crime de guerre.

Nous allons dans cette étude nous appuyer sur le statut de combattant en vue de déceler la différence entre le civil et le non combattant d'un côté, et les conséquences de la confusion de l'autre. La conduite des opérations militaires dans les nouveaux conflits armés se fait aujourd'hui au sein de la population. Cela renforce davantage le souci de déterminer les combattants y participant pour la protection des civils car l'engagement militaire contemporain à l'instar de l'intervention russe en Géorgie en août 2008 ou celle d'Israël dans la bande de Gaza entre décembre 2008 et janvier 2009 se déroule au sein de la population, un affrontement en présence des civils, contre des civils et pour défendre des civils : le combat en zone urbaine.

La transformation des civils en ennemi potentiel pour le commandement sur un théâtre militaire rejoint l'important dilemme du jus in bello qui admet de causer des maux et non des maux superflus. Lorsque le commandement déploie dans les activités de soutien des agents des sociétés privées à vocation militaire et de sécurité (SPMS) à coté des militaires (cette manière de conduite des opérations par l'association civil-militaire est devenue incontournable depuis 1990) pour un éventuel emploi de la force comme le cas du dernier conflit en Irak, la précaution est de mise afin de respecter les droits intangibles de la population civile : le déploiement et l'usage de la force étant deux actes distincts. Par conséquent, il apparaît judicieux au regard du droit d'identifier le combattant (I) qui fera l'objet d'une protection (II) dans ce contexte.

    I. Identification du combattant

Le combattant est l'une des personnes membres des forces armées d'un belligérant selon l'article 3 du Règlement concernant les lois et coutumes de la guerre sur terre. Il est protégé par le droit pour avoir participé au conflit. Il se distingue d'un combattant irrégulier qui est la personne ne remplissant pas les critères de combattant. La stipulation lacunaire de l'article 3 cité ci-dessus est complétée par l'article 43 du Protocole I de 1977 selon lequel « toutes les forces, tous les groupes et toutes les unités armés et organisés qui sont placés sous un commandement responsable de la conduite de ses subordonnés (…) sont des combattants, c'est-à-dire ont le droit de participer directement aux hostilités ».

Le combattant se distingue du non combattant par une différence de degré. La participation directe aux hostilités est la règle pour le premier et l'exception pour le second bien qu'ils appartiennent tous les deux aux forces armées d'un belligérant. Le premier est le combattant de jure alors que le second l'est de facto. Le Tribunal pénal international pour l'ex-Yougoslavie (TPIY) dans l'Affaire Kordić admet que les membres d'une unité de défense territoriale soient des combattants pendant toute la durée du conflit qu' « ils soient au combat ou non, momentanément armés ou non ». Nous pouvons faire remarquer qu'il y a, selon Éric David, quatre situations en théorie relatives à la durée d'engagement : les combattants actifs à plein temps, les combattants actifs à mi-temps, les combattants non actifs et les auxiliaires de ces précédents.

En revanche selon le raisonnement du juge, cette pratique devrait disparaître. Il n'existe pas en effet de « quasi-combattant », ni de « combattant mi-civil mi-militaire ». Toute personne incorporée dans les forces armées devient un combattant pendant toute la durée des hostilités. Ces dernières s'étendent du déclenchement de l'attaque à la résolution du conflit notamment par la signature d'un armistice. Pour ce fait, le combattant reste l'objet des attaques adverses lors des conflits armés. Il est disponible à faire le coup de feu qu'il soit chez lui ou au combat dès lors qu'il n'a pas été mis en incapacité de combattre.

Le combattant est une personne qui a la capacité de participer au conflit armé. Il est dans un sens large toute personne remplissant l'un des caractères suivants : l'appartenance à une partie belligérante qu'il s'agisse d'un État ou d'un mouvement de résistance organisé ou d'un gouvernement non reconnu, l'autorisation de suivre les forces armées, et la participation dans la levée en masse dans un territoire. Seul l'État ou les mouvements de libération nationale aussi tout mouvement armé auquel l'État reconnaît la qualité de belligérant ont le pouvoir d'attribuer la qualité de combattant en leur qualité de belligérant. On constate aujourd'hui une tendance d'assimilation du non combattant à un civil due à l'incorporation du vocabulaire courant dans le discours juridique. Aussi y-a-t-il une nuance entre les différentes catégories concernées par le conflit : combattant, non combattant et civil. On arrive à les déterminer à partir des critères (A) dont l'application est mitigée (B).

    A. Critères de détermination

Le combattant est au préalable une personne membre d'une force armée ou une personne dont les activités armées sont conduites au nom d'un belligérant. Le personnel des forces armées peut occuper des emplois militaires ou civils. La nature de l'emploi occupé par un membre des forces armées affecte sa classification soit dans la section des membres combattants, soit dans celle des membres non combattants. Ces emplois peuvent être accessoires ou non pour une force armée. Le corps de santé de l'armée est l'unité la plus connue sous le vocable de non combattant.

Les membres des unités armées combattant au nom d'un belligérant devraient remplir quatre conditions supplémentaires pour être des combattants. Celles-ci furent prévues aux articles 4 (A), § 2 de la Convention III et 1er du Règlement de La Haye. Ils étaient des combattants discriminés par rapport aux membres des forces armées. Il leur était autorisé de participer aux hostilités tout en conditionnant l'opposabilité de leurs droits leur bénéfice du statut de prisonnier de guerre à des conditions assouplies aujourd'hui par le Protocole I.

Le DIH a formulé deux critères qui plaident positivement pour la détermination du statut de combattant au profit d'une personne ayant pris part aux hostilités. Ces critères sont inégalitaires et valent pour les conflits armés internationaux ou non internationaux bien qu'ils soient récusés davantage dans les conflits non internationaux. Ils concernent la formation de combat dont l'appartenance à un belligérant est reconnue et le respect individuel du droit des conflits armés par les membres de cette formation.

    a- Appartenance à une unité des forces armées. La détermination de la qualité de combattant a pour point de départ l'appartenance d'une personne à une unité armée et cette appartenance est une obligation collective ou individuelle de l'unité combattante. Dans la pratique, les États se réfèrent à l'appartenance pour déterminer la qualité de combattant d'une personne. Le juge au niveau national a eu l'occasion au lendemain de la Seconde Guerre mondiale de se prononcer en ce sens. Le fait d'appartenir aux forces armées est un élément suffisant pour déduire le caractère combattant d'un individu puisque le port d'armes contre un belligérant s'apprécie au moment « l'engagement d'un Français dans une armée étrangère combattant contre la France ou ses alliés sans qu'il soit besoin de spécifier qu'il a lui-même pris part à des engagements militaires ».

Toute unité armée et organisée est présumée comporter des combattants. Cette unité n'est toujours pas rattachée à un État. Elle relève soit des mouvements de résistance à une occupation ou celle menée dans des conflits armés pour la décolonisation, soit des personnes dites volontaires ou des personnes commises pour des prestations militaires. Cependant, l'émancipation des personnes longtemps considérées comme objet de droit à l'échelle de l'État en droit international change la donne de la règle traditionnelle d'appartenance. Le rattachement à l'État se situe, de ce fait, au niveau conceptuel et non opérationnel. Une telle unité même mal constituée combat pour la survie de l'État dont elle veut assurer la sûreté et la sécurité. Pendant la seconde guerre mondiale, il y eut beaucoup d'unités pareilles et même deux autorités pour un même territoire.

Sous l'article 6 de la Convention de Genève de 1864 consacré à l'inviolabilité des blessés et malades, il fut écrit que Les militaires blessés ou malades seront recueillis et soignés, à quelque nation qu'ils appartiennent. Selon cette rédaction, toute personne ayant pris part au conflit devra avoir un lien d'appartenance avec une communauté. Alors l'appartenance cristallise un rapport intersubjectif entre deux personnes : d'un côté le combattant, la personne physique, et un groupement, la personne morale, de l'autre. Ce qui revient à dire que la personne reconnue comme combattant doit être en relation de subordination avec une collectivité humaine, celle-ci peut ou ne pas être un État. Cette appartenance s'apprécie selon les règles évoquées par la jurisprudence internationale relatives aux personnes physique et morale (nationalité, incorporation et effectivité) et à l'admission de la responsabilité individuelle dans la participation dans une entreprise criminelle formulée par la CIJ et le TPIY.

Les personnes qui suivent les forces armées sans en faire directement parties ne sont pas des non combattants. Elles sont des personnes civiles car elles ne sont pas membres des forces armées. Elles bénéficient néanmoins non seulement d'un traitement de prisonnier de guerre réservé aux seuls membres des forces armées d'un belligérant selon la Convention III de Genève, mais également elles peuvent être tenues responsables des crimes commis par les forces armées en campagne s'il existe un lien de subordination au dépens des membres des forces armées dont il apparaît que ces personnes ont joué le rôle de commandant ou de donneur des ordres.

    b- Respect du droit humanitaire. Le droit humanitaire est destiné aux organes étatiques et non étatiques. Ceux-ci sont constitués par des personnes physiques qui répondent des violations graves de ce droit. Toute personne civile ou non ayant commis une violation grave du droit international humanitaire devrait en répondre devant une juridiction. Les personnes civiles sous contrat avec les forces armées américaines sont maintenant sous l'autorité de Military Extraterritorial Jurisdiction Act de 2000 (MEJA) pour des infractions graves commises à l'étranger. Il arrive que le contrôle en vue de garantir le respect du droit ne soit pas effectif. Ainsi, la Chambre des Représentant a adopté en octobre 2008 un élargissement d'U.S criminal jurisdiction aux SMP suite à l'usage abusif des armes par les employés d'ex-Blackwater en Irak.

La nature des parties au conflit n'affecte nullement celle des combattants dès lors qu'ils ont un règlement intérieur conforme au droit des conflits armés afin de posséder le statut légal. Ce règlement détermine le régime disciplinaire des combattants. Celui-ci constituera la base de la responsabilité du supérieur et de la compétence de la justice militaire. Il s'agit d'une justice exceptionnelle. La nature exceptionnelle du métier des armes justifie en effet l'institution des juridictions d'exception bien que les actions incriminées puissent relever du droit commun. Les combattants et les non combattants sont justiciables devant les tribunaux martiaux pour tout crime ou toute infraction présentant un lien avec l'exercice de leur activité au sein des forces armées.

Cette règle s'amenuisera à l'égard des civils accompagnant les forces armées qui sont à la cloison d'une incompétence pour la justice militaire et civile dans plusieurs cas. Les États ont du mal à traduire les employés des SPMS en activité sur le théâtre militaire devant leur juridiction à cause d'un déficit juridique. Par exemple, leur nationalité, la nature et le lieu d'infraction suffisent pour les exonérer de toutes poursuites devant l'État employeur de la SPMS si les employés concernées sont d'une autre nationalité que ledit État qui n'est pas l'État de territorialité des activités.

La portée du respect des normes régissant la conduite des hostilités est amoindrie à cause du peu d'estime que bénéficie ce second critère par rapport au premier. L'immunité accordée aux security contractors étrangers présents en Irak par l'Autorité provisoire de la coalition (APC) l'illustre. L'ancien régime du jus in bello prévoyait seulement une indemnité en cas de violation des lois et coutumes de la guerre. Le projet du Protocole I présenté par le CICR le corrobore. L'article 42 de ce projet consacré à la nouvelle catégorie des prisonniers de guerre contenait une atténuation de la clause du respect du droit des conflits en son paragraphe 2.

Le respect du droit des conflits est plus garanti par les entités étatiques que par toute autre entité. Il est difficile à une entité non étatique de faire respecter ce droit. C'est le cas de l'Union européenne qui, dans le cadre de l'opération Atalanta, responsabilise les États en vertu de leur législation à garantir le respect du droit auprès du personnel de l'EUNAVFOR (Forces navales sous le commandement de l'Union européenne).

Mais le lien étroit entre l'appartenance à un groupe, le respect de ses règles de conduite n'est que la matérialisation de celle-ci, reste toujours présent chaque fois qu'il faudrait déterminer le statut d'une personne pendant le déroulement des hostilités. La détermination du respect des règles de conduite des hostilités procède préalablement de la qualification du statut de la personne ayant participé aux hostilités dès lors que cette personne ne présente aucun signe distinctif. Un membre des forces armées qui est capturé par exemple par l'adversaire sans signe distinctif d'appartenance à son unité au cours des activités d'espionnage perd le droit de prisonnier de guerre alors qu'il aura droit à ce statut en portant son uniforme au cours de ces mêmes activités.

La Cour suprême argentine s'est fondée sur ce principe d'appartenance pour retenir les chefs d'accusation de violation du droit humanitaire dans le cadre de la qualification des faits commis par des fonctionnaires et des militaires durant la dictature de 1976 à 1983. Elle affirme que les membres de l'unité 9 sont coupables de mêmes crimes contre l'humanité que les membres des forces armées pour motif aussi bien de leur intégration dans le champ de compétence de l'autorité militaire du régiment n 7 de l'infanterie de la zone n° 1 que leurs prisons dites « tentes de la mort » répondent au plan criminel général érigé par les forces armées dans un but précis : « funcionar como una suerte de centro clandestino respecto de los detenidos políticos ».

En exigeant le respect du droit par une distinction ostensible entre les différents combattants en vue de protéger la population civile, une exception est admise pour des « civils-combattants », les personnes qui combattent en se diluant dans la population. Vue la réalité de nouveaux conflits, il serait difficile pour le droit humanitaire d'être applicable sans s'en tenir compte. Les guérilleros n'ont pas la puissance de feu d'un État et donc, ne pourront pas opter pour un affrontement direct qui suppose une localisation des unités de combat. Ils trouvent ainsi un avantage dans la population qui est à l'abri de toute attaque.

L'exigence de se démarquer des civils chaque fois que les combattants sans uniforme s'apprêtent à mener une attaque se réduit au port ostensible des armes. Le port d'armes est un élément distinctif d'un combattant. Les combattants ont en effet le droit de prendre directement part aux hostilités ; cette participation est due à la possession d'une arme ou d'autres moyens lui permettant de faire feu. Ces derniers sont un critère déducteur de l'agressivité d'un soldat. Cela se résume dans ce proverbe lingala : « Muntu soki a sibi mondoki ko tuna mbula na ye te ».

Cette exigence de respecter le droit tend à s'appliquer directement aux combattants et indirectement aux personnes en relation avec les combattants qui sont non seulement les gouvernants de l'État, mais toutes les personnes qui apportent leur soutien aux combattants à savoir les particuliers et les sociétés de secours. Elles doivent connaître leurs droits et devoirs pour l'intérêt de la population civile, des blessés, naufragés et malades des forces armées. La participation au conflit de ces personnes les discréditera devant l'autre belligérant. Les guérilleros ou les security contractors doivent recevoir de leur responsable des instructions sur le respect des règles de droit dans la conduite des hostilités.

L'obligation de respecter le droit est une règle de droit international général issue du principe pacta sunt servanda. L'État devra de ce fait respecter ses engagements internationaux. Toutes les personnes ou les groupes sous le contrôle de l'État, l'État tiers ou belligérant et toute Haute Partie contractante au droit de Genève ou celles et ceux qui agissent pour son compte doivent recevoir des instructions pour respecter le droit des conflits. Toute Partie aux Conventions de Genève peut sur la compétence territoriale traîner devant ses juridictions des personnes ayant violé ce droit ou faire savoir par la voie diplomatique à un belligérant de se conformer au jus in bello.

Mais le non respect de cette exigence ne prive pas toute personne préalablement reconnue comme combattant de son droit lié au statut de combattant conformément aux stipulations de l'article 44, § 2 du Protocole I. Certes le droit de La Haye avait une exigence pour les corps de miliciens et de volontaires relative à leur démonstration de respecter les lois et coutumes de guerre en dépit de leur organisation sous la responsabilité d'un supérieur, la possession d'un signe distinctif reconnaissable à distance y compris leur port ostensible des armes est devenue la règle telle confirmée par l'article 44, § 3 du Protocole I.

Dans la pratique, les États refusent aux combattants le traitement de la Convention III de Genève au motif de non respect du jus in bello. Selon une pratique bien établie, ceux qui ne respectent pas le droit des conflits ne peuvent pas s'en prévaloir. Les réserves de certains États à l'article 85 de la Convention III de Genève témoignent la valeur qu'ils donnent au non respect des coutumes et lois de la guerre par un combattant qui tomberait au cours des hostilités sous leur autorité. D'autres États arrivent même à transposer les violations de ces coutumes et lois sur l'occupation ou le respect de la population civile conformément à la Convention IV afin de fonder leur refus au combattant de ses droits découlant de la Convention III en dépit de l'article 146 de la Convention IV de Genève. Aussi qu'en est-il de l'application de ces critères.

    B. Application des critères

L'appartenance aux forces armées est le critère exclusif d'identification d'un combattant comme en témoigne l'avancée des stipulations de l'article 43 du Protocole I par rapport à celles du Règlement de La Haye puisque les forces armées d'une partie à un conflit « se composent de toutes les forcesles groupes et les unité armés placés sous un commandement responsable de leur comportementmême si celle-ci [la partie au conflit armé] est représentée par un gouvernement ou une autorité non reconnue par une Partie adverse ». La composition de ces forces s'appuie souvent sur un lien d'appartenance dite « nationalité ». Est nationale toute personne ressortissante d'un État belligérant. Elle est directement et médiatement touchée par la conduite des hostilités des États belligérants. Elle est aussi celle qui en supporte principalement le coût en sa qualité de membre de la communauté en proie au conflit. Le droit de Genève n'aborde cependant cet aspect que pour le mercenaire, afin d'interdire l'enrôlement forcé des nationaux de la partie adverse et pour la levée en masse bien que la population d'un territoire ne soit pas exclusivement composée des nationaux.

Les combattants sont liés à l'État par leur nationalité ou par leur résidence. Les États acceptent dans la pratique plus le premier lien au détriment du second. Ce dernier pose davantage de difficulté du point de vue juridique. Le domicile d'un individu sera-t-il celui de son foyer fiscal, de sa résidence principale au cas où il aura une autre résidence secondaire ou celui de sa résidence effective ? Les solutions retenues sont orientées vers les intérêts réciproques des différents acteurs. Mais les États comme le Royaume-Uni et l'Espagne sont les rares États occidentaux à avoir privilégié le jus communis dans la mesure où les interdictions de recrutement ne concernent pas soit le Commonwealth pour le premier, soit les hispanophones pour le second.

    a- Combattant et ressortissant. L'identification du combattant au ressortissant est une pratique constatée dès la cristallisation au Moyen-âge des méfaits de l'emploi des étrangers dans les conflits armés. Le ressortissant est toute personne jouissant de la citoyenneté d'un État, il est pour ce fait le national de cet État. Seuls les nationaux ont au préalable le droit d'être membres des forces armées. Ce droit n'est que la conséquence de la citoyenneté de toute personne jouissant de ses droits civiques. La nationalité sert à déterminer que la personne qui en jouit à des droits et est tenue à des obligations que l'ordre interne accorde ou impose à tous les nationaux. Parmi les obligations imposées figure l'obligation militaire puisque l'État reconnaît la qualité de combattant pour ses nationaux combattants l'ennemi sans pour autant appartenir de lege aux forces armées. Celle-ci a revêtu plusieurs formes dans l'histoire de l'art militaire.

La guerre d'indépendance américaine marque au XVIIIe siècle une étape décisive dans la formulation de cette obligation avant qu'elle ne serve de politique de défense nationale en France : l'institution du soldat-citoyen par le Directoire. Lors que la guerre éclate dans les colonies anglaises, les yankees ont pris part aux hostilités pour remettre en cause leur appartenance à la Grande-Bretagne. Leur motivation demeure l'aspiration à fonder une nouvelle société assurant à ses membres la sûreté et la quête du bonheur dans le respect du droit naturel car toutefois qu' « une forme de gouvernement devient destructive de ce but, le peuple a le droit de la changer ou de l'abolir et d'établir un nouveau gouvernement ».

Dès lors que ce soulèvement a pour finalité la soustraction des résidents des colonies à l'autorité de la Couronne, il n'y a pas une substitution de l'autorité mais création d'une autre autorité égale à celle de la Grande-Bretagne. Cette guerre a associé les militaires de profession, les anciens officiers britanniques dissidents et ceux des colonies, et les volontaires résidents des colonies qui se sont constitué en milice pour défendre leur rêve.

De même, beaucoup de ressortissants ont combattu contre leur État lors de la première guerre mondiale. Ils étaient animés par des mobiles nationaux, leur mépris d'appartenir à un État dont ils ne s'identifièrent point culturellement. La légion française de l'Orient comptait par exemple des Syriens et Arméniens qui ont combattu contre l'empire ottoman dont ils ont été sujets ainsi que les Serbes et Croates combattant contre l'Autriche-Hongrie. En revanche, la compétence personnelle de l'État exclut toute protection de ses ressortissants ayant tournés les armes contre lui. En cas de leur capture, elles seront des prisonniers de droit commun et les circonstances de la guerre plaident pour leur rétention criminelle. Ils subissent le traitement réservé au traite dans l'ordre interne. Tout citoyen enrôlé dans les forces armées adversaires à son État, à moins qu'il le fasse pour espionnage, sera puni avec une singularité particulière qui servira d'exemple à l'avenir pour tout citoyen.

La Conférence de La Haye en 1907 n'ignora pas la valeur d'une armée constituée de personnes membres d'une communauté politique, les ressortissants de l'État. Elle avait attribué la qualité de combattant à des personnes nationales d'un État qui se constituèrent en une levée en masse à l'approche de l'ennemi. Il est pour ce fait reconnu au belligérant l'obligation d'ouvrir ses frontières en vue de permettre la sortie des ressortissants de son adversaire et des États tiers dans le respect du droit international général selon l'article 35 de la Convention IV de Genève. Cela pour prévenir leur mauvais traitement par l'État ennemi ainsi que la possibilité de leur réquisition par l'État national pour combattre. En ayant adopté certes une Convention qui a admis l'incorporation dans une des armées belligérantes des ressortissants d'autres États sur le seul principe du respect de la liberté individuelle, cette Conférence n'a pas remis en cause cette attitude.

Cette liberté vaut aussi bien pour les ressortissants de son adversaire que pour l'État neutre. L'unique inquiétude se fonde sur le mobile et les conditions matérielles d'enrôlement des personnes non ressortissantes de l'État belligérant. Mais la protection des combattants d'un belligérant vis-à-vis de son adversaire n'est pas la même pour un ressortissant de ce dernier incorporé organiquement dans ses forces armées et celui ayant participé aux hostilités par passion au cas où les deux violeraient le jus in bello.

Par ailleurs, l'incrimination du mercenaire découle de la règle de la nationalité du combattant. L'article 47 du Protocole I le définit par son extranéité et son mobile d'engagement.

    b- Combattant et civil. Le civil est exclu de toute attaque. Cela est vrai dans la mesure où il ne peut pas faire un coup de feu. Il n'est pas l'ennemi et le droit lui reconnaît un droit d'assister les militaires en souffrance sans que cela ne constitue un crime. Il est étranger aux forces armées et de ce fait, il n'est pas un non combattant. Nous sommes ici dans un cadre similaire à une équipe nationale de football constituée des joueurs et dont les autres nationaux ne peuvent qu'être spectateurs sans pour autant s'exposer au danger du jeu. L'article 50 du Protocole I définit le civil par son non appartenance aux forces armées : est civil toute personne externe aux forces armées conformément aux articles 43 dudit Protocole et 4 (A), §§ 1, 2, 3 et 6 de la Convention III de Genève.

Dans ce même ordre d'idées, l'emploi des security contractors sur un théâtre aux fins de sécuriser les installations militaires notamment les dépôts d'armes ou leur utilisation pour le contrôle des systèmes d'armement les expose à des attaques de l'adversaire. La nécessité militaire justifie qu'ils soient des cibles. Ils sont donc différents des civils proprement dit. La nature de leur prestation seule suffira à les considérer pour une unité armée combattant au nom de l'État duquel ils exercent leur activité militaire et de sécurité. Certes, leur reconnaissance comme combattant ne soit pas encore reconnue à l'état actuel du droit par défaut d'une incorporation dans les forces armées.

Le statut de civil est une grille de graduation pour ce qui concerne la protection des individus lors des conflits armées. Les enfants, les vieillards, les personnes handicapées et les femmes surtout les femmes enceintes, celles qui allaitent ou ont des enfants à charge constituent la population civile dont la protection est totale et leur enrôlement dans les unités armées est un crime de guerre. Le statut de Rome en son article 8 apporte une lecture exhaustive sur le lien entre la protection et la vulnérabilité dans la constitution d'un crime de guerre. Leur état de vulnérabilité est protégé à l'instar de ceux des membres des forces armées devenus vulnérables suite à un accident du conflit armé.

Le non combattant est un membre des forces armées. Ce sont de ce fait les militaires affectés à des services de l'administration, de justice, d'instruction, de santé, et tout service analogue qui sont des non combattants. Pour illustration, la prière aux morts lors du 65e anniversaire du débarquement dans le cimetière américain fut prononcée par un aumônier, officier supérieur du Marine corps. C'est ce qui justifie que la participation directe du personnel religieux ou de santé aux hostilités n'est pas une violation du droit. Ce personnel est une ressource militaire que l'état-major pourra utiliser.

Au contraire, le personnel sanitaire et religieux externe aux forces armées ne pourra pas y participer sans être fulminé au regard aussi bien du DIH que des lois nationales des belligérants au motif qu'il n'a pas la qualité de participer au combat. La participation directe aux hostilités ne prive le premier cas de personnel religieux ou sanitaire que de sa protection découlant des Conventions de Genève. D'ailleurs, c'est dans la santé, la formation, l'approvisionnement, le transport et les renseignements que les SPMS reçoivent davantage les accréditations lors des conflits armés.

L'identification d'un combattant n'a plus pour conséquence l'application à son égard de la Convention de Genève relative au traitement des prisonniers de Guerre puis qu'une personne peut bénéficier d'un traitement identique à celui réservé au combattant sans pour autant être combattant et un combattant peut se voir refuser le même traitement tels sont les cas par exemple des journalistes, les correspondants de guerre, et des militaires déguisés capturés en pleine activité d'espionnage.

Le droit de Genève tend à abolir la distinction entre combattant et civil pour les personnes entre les mains de l'ennemi. Le pouvoir d'appréciation revient donc à tout belligérant, en vertu de la clause Martens, dans le sort à réserver à des personnes en captivité ayant combattu pour son adversaire. La différence entre les mots et leur contenu dans la pratique est large comme c'est souvent le cas pour des instruments relatifs aux droits de l'Homme. Ainsi la protection du combattant tend davantage vers les normes d'intangibilité formulées dans le cadre général des droits de l'Homme.

    II. Protection du combattant

La protection du combattant concerne son traitement une fois qu'il se trouve sous l'autorité de l'ennemi. Elle a été élargie en ce qui concerne le droit de bénéficier du statut de prisonnier de guerre à des personnes qui ne sont pas des combattants, donc des civils. Cet élargissement constitue un écueil de l'application dudit statut. Certes l'article 45 du Protocole I exige l'intervention du juge afin de statuer chaque fois qu'il y aurait un doute sur le statut de la personne ayant pris part aux hostilités. A l'attente de la décision judiciaire, l'ennemi a l'obligation de la traiter par présomption comme prisonnier de guerre.

L'économie du DIH repose sur soulagement des souffrances humaines sans se préoccuper de la licéité de la participation aux hostilités ou celle du recours à la force. Il est évident que le traitement humain soit égal pour toutes les personnes qui ont pris part aux hostilités sous forme d'un minima humain à ne pas restreindre. Il est affirmé dans les stipulations des articles notamment 45 et 75 du Protocole I. Que la participation soit directe ou indirecte, toutes c'es personnes doivent humainement être traitées dès lors qu'elles sont tombées sous l'autorité de l'ennemi ou sont blessées, malades ou naufragées.

Le réalisme de ce système est compatible à l'idée de traiter comme prisonnier de guerre toutes les personnes participant aux hostilités sans prendre en compte leur statut au moment du déclenchement des hostilités, ni s'interroger sur leur participation directe ou indirecte. Le DIH, en laissant en marge la question de la licéité du recours à la force de son domaine d'action, s'articule sur une interpénétration entre civil et combattant incarnée par le guérillero dans les conflits armés contemporains.

En outre, l'admission du traitement de prisonnier de guerre a évolué depuis 1977 bien que les conflits armés contre le terrorisme infirment cette approche par la recrudescence avec acuité d'une coutume internationale sur l'absence de droit aux personnes hors la loi : les personnes qui ont violé le droit de la guerre ne peuvent s'en prévaloir. Dans ces conflits, les réfutateurs de l'évolution du combattant restent attacher aux quatre conditions matérielles requises pour bénéficier d'un tel traitement telles formulées à l'article 4 (A), § 2 de la Convention III de Genève car le non respect de celles-ci place le combattant en état d'un hors la loi. Les États non parties au Protocole I défendent cette position.

Les combattants sont protégés contre des traitements discriminatoires, dégradants, humiliants et inhumains. Ils ne peuvent faire l'objet d'une expérience médicale, ni les contraire à fournir des renseignements relatifs à leurs forces armées ou à intégrer les forces armées de l'État capteur ou occupant. Ils jouissent des droits et garanties juridictionnels en vertu notamment des articles 84 et 106 de la Convention III de Genève ainsi que 146 de la Convention IV. L'élargissement de la protection concerne les nouvelles catégories apparues dans les conflits datant de la guerre froide ou des conflits armés post-guerre froide (A). Malheureusement sa portée reste limitée (B).

    A. Détermination des personnes

Le statut de combattant couvre les membres des forces armées, le corps des milices et des volontaires, les membres des mouvements de résistance et sous condition, tout civil qui prend part aux hostilités. En effet, seul le combattant peut devenir prisonnier de guerre dans la mesure où pour prétendre bénéficier de ce statut, il faut d'abord être combattant. Le statut de prisonnier de guerre n'est qu'un accident de l'activité du combattant sur un théâtre. Il ne s'y trouve pas dans le but de se faire capturé mais dans celui de vaincre l'ennemi par la puissance du feu. En admettant cette faculté de combattre à des individus pour des raisons fortuites, il convient de leur reconnaître le droit de prisonnier de guerre lors de leur capture au cours des hostilités. Ainsi, l'attribution du droit des prisonniers de guerre reste indépendante de la qualité de combattant depuis son élargissement.

Le combattant est soit mobilisé, soit en état de l'être. Dans certain cas d'urgence, les civils peuvent devenir des combattants. Les États qui pratiquent la circonscription illustrent cette probabilité de transformation des civils en combattant improvisé à n'importe quel moment des hostilités. Une fois la décision prise, qu'elle relève des autorités compétentes ou personnellement de l'intéressé, le civil cesse d'être civil pour embrasser la vie militaire tout le long des hostilités puisqu'il ne sera pas bon citoyen le jour et soldat la nuit mais l'ambassadeur à temps plein du conflit armé. La tradition américaine prend tout citoyen américain pour un combattant potentiel quand le Congrès déclare une guerre et ses actes liés au conflit seront ainsi réprimés en cas de forfaiture devant un tribunal martial. Cela avait donc rendu difficile de poursuivre les citoyens américains salariés des SPMS utilisées par le DoD et le département d'État en Afghanistan et en Irak avant 2005. Il en ressort que l'élargissement est plus préoccupant pour le cas d'un civil par rapport aux autres cas.

    a- Cas d'un civil. La règle générale du DIH est très claire à propos des civils : ils jouissent d'une protection générale dans les conflits armés internationaux ou non internationaux. Ils sont à l'abri de toute attaque. Ils sont constitués de la population civile et des personnes civiles. Si la première catégorie couvre les personnes les plus vulnérables des conflits à l'instar des personnes handicapées, les femmes enceintes ou ayant des enfants à charge, les enfants et les personnes âgées de plus de 60 ans, il est admis de ce fait pour crime toute leur implication directe dans le conflit par les belligérants vue la protection générale dont ils bénéficient. Cette règle ne concerne pas les personnes non vulnérables de la seconde catégorie composée des hommes et femmes aptes à porter les armes. Leur participation aux hostilités est prévue par l'article 45 du Protocole I. Celui-ci protège toutes les personnes ayant pris part au combat sans tenir compte de leur statut.

L'existence du doute en cas de leur capture par l'adversaire, surtout que le doute ne peut exister que chez l'autorité de captivité, permet qu'elles jouissent d'une présomption de combattant jusqu'à ce que le doute soit levé par une autorité judiciaire. L'absence d'une telle formalité conduit le juge à admettre la violation du DIH. La Cour suprême américaine avait opté pour cette solution pour le refus de la qualité systématique de combattant aux personnes capturées par les forces armées américaines en Afghanistan. Mais, l'interrogation reste pour le cas de capture des agents des SPMS qui clameraient le statut de combattant. Les rares exemples de leur capture penchent sur une absence de statut de combattant pour les assimiler illégalement aux mercenaires. Les trois security contractors de California Microwave Systems, une SPMS américaine, capturés par les FARC, suite au crash de leur avion de reconnaissance, n'ont pas bénéficié d'un traitement conforme à la Convention III de Genève.

Les guérilleros sont des « civils-combattants » au regard de leur traitement. Il leur est admis des pratiques refusées aux combattants traditionnels datant de la Conférence de La Haye de 1899. Il y a une antinomie entre les pratiques prohibées aux combattants dans le cadre d'une guerre industrielle et celles admises dans le cadre des guerres de libération nationale ou de guérilla. En reconnaissant des situations dans lesquelles il est difficile pour le combattant de se distinguer des civils, le droit de Genève accepte notamment la perfidie pour les guerres autres que industrielles et l'interpénétration entre le combattant et le civil.

Il y paraît un tableau de normes en fonction de la stratégie mise en exergue par les belligérants. Le DIH se contente dans le respect des belligérants de leur mettre sous pied des normes concrètes et proches de la réalité afin que chaque belligérant soit à mesure de les respecter. Pour mettre les parties en situation égalitaire, il faudrait prendre ainsi en compte la nature même de certaines pratiques militaires. Admettre par exemple des exceptions à la règle générale de distinction entre civil et combattant.

Les conflits armés non internationaux opposent une fraction des forces armées équipée des systèmes d'armement modernes ou de la nouvelle technologie de nos jours d'une part et une unité armée mal équipée d'autre part. Cette dernière a toujours une composition hybride. Elle est opposée à l'autorité centrale de laquelle dépend la première fraction. Ces conflits se substituent au conflit couramment appelé par la « guerre civile ». Le droit positif les classe en deux catégories selon les articles 2 et 3 communs aux quatre Conventions de Genève et le sens des Protocoles I et II en en excluant les actes isolés, sporadiques ou analogues qui ne présentent pas le caractère d'un conflit armé.

Les combattants sont à majorité des personnes en provenance de la population civile. Les miliciens des dirigeants politiques au Congo pendant les conflits armés de 1993 et 1997 en témoignent. D'un coté, pour le conflit armé de 1993, la milice du gouvernement formée par des civils instruits par Lev'dan, une SPMS israélienne, utilisant l'équipement et l'uniforme des forces armées congolaises et les partisans de Bernard Kolélas mal équipés et composés des militants des partis de l'opposition sans uniforme, y compris les militaires fidèles aux leaders de l'opposition et la milice du général Dénis Sassou-Nguesso, d'un autre côté. Par la nature des parties au combat, les « Aubevillois » en uniforme et bien instruits selon les méthodes de guerre urbaine n'ont pas pu reconnaître leur adversaire dilué dans la population et à partir de laquelle il s'apprêtait à organiser son contre-offensive.

Au cours des hostilités, la milice gouvernementale, surprise par un feu d'origine incertaine à défaut de localisation de l'adversaire, s'est prise à des personnes de sexe masculin en violation du Protocole II, habitant le périmètre du théâtre en âge de porter les armes, supposées combattre pour le leader de l'opposition. Cela s'est reproduit en 1998 et 2002 quand l'appartenance ethnique suffisait pour toute personne de sexe masculin à être pris pour un combattant. Le sexe a été ainsi utilisé comme un critère de détermination de l'agressivité d'une personne présumée appartenir à l'ethnie hostile au Président de la République.

Mais l'absence d'une reconnaissance de belligérance dans les conflits non internationaux conduit à réprimer des individus ayant participé dans les hostilités qualifiées d'insurrection. Ces personnes commettent des actes de guerre sévèrement châtiés par le droit pénal. Cette absence influe sur la suite des événements ainsi que sur le refus de la qualité de combattant pour un civil ou un militaire dans ce genre de conflit. L'État refuse l'existence d'un conflit armé afin de qualifier la situation comme étant un acte terroriste.

La résolution politique de ce genre de conflit armé passe souvent par l'adoption d'une loi d'amnistie après les accords de cessation des hostilités. Il arrive que l'État procède à l'institution d'une justice transitionnelle comme moyen de pansement de ses plaies issues du conflit armé. Les conflits non internationaux sont des poudrières qui peuvent s'embrasser à tout moment si les objectifs du règlement de crise ne sont plus suivis. On assiste souvent à aucune poursuite pénale pour toute personne ayant pris par aux hostilités. Les personnes incarcérées en raison de leur activité liée aux hostilités sont libérées et il est impossible de croire qu'elles auraient pu bénéficier du statut de prisonnier de guerre, ni le faire valoir devant un tribunal.

Le cas d'un civil est incompatible au statut de prisonnier de guerre dans l'État. La compétence personnelle de l'État l'expose à une fulmination pour crime politique ou crime contre la sureté de l'État. En revanche, le civil est un héros lors qu'il prendra les armes pour défendre l'État de l'extérieur. Les conflits armés couverts par le Protocole I sont explicites à ce sujet. Le civil est un combattant dans les conflits internationaux. Il en ressort que la levée en masse est un ensemble des civils qui prend les armes à l'approche de l'ennemi, qu'il s'agisse d'une localité d'un territoire national occupé que l'armée d'occupation voudrait occuper ou de celui qu'elle voudrait reconquérir.

Un groupe pareil est la consécration parfaite de la reconnaissance à un civil de la faculté de participer à un conflit international. Les francs-tireurs français en 1871, les partisans pendant la seconde guerre mondiale, la population irakienne de Falloujah en 2004 et les Boers des républiques d'Orange et de Transvaal en 1899 et 1902 illustrent la participation au conflit des civils en masse contre une force armée. D'où, le civil bénéficie du statut de prisonnier de guerre dans les cas énumérés ci-dessus. Tout cela est différent des mercenaires.

    b- Cas d'un mercenaire. Les civils se distinguent des non combattants qui sont membres des forces armées. Ils sont également différents des membres des mouvements armés combattant au nom d'un belligérant : les partisans, guérilleros ou les MLN. Ces personnes sont soumises aux règles des Conventions de Genève et protégées par la 3e Convention. Elles sont des combattants et doivent être respectées comme tel. Mais la stipulation sur le mercenaire incorpore dans l'arsenal du droit des conflits une clause fictive dépourvue d'effectivité étant donné le traitement humain sans discrimination prôné par ce droit.

Le mercenaire paraît à première vue se catégoriser nulle part au regard du droit ; il ne semble ni civil, ni combattant conformément à l'article 47, § 2 du Protocole I. Il est de ce fait un criminel de guerre. Il est exclut de la probabilité de bénéficier de la faculté de combattant ainsi que de tous ses droits. Le refus du statut de combattant fait en réalité du mercenaire un civil. Ce dernier n'a pas le droit de participer aux hostilités au regard de la protection dont il bénéficie.

La définition du mercenaire donnée par le Protocole I est insuffisante car elle s'est construite autour des critères cumulatifs peu réalisables. L'approche institutionnelle conduit à le considérer comme une institution étrangère engagée dans la prestation des services armés contre une contrepartie en industrie, en numéraire ou en nature que celle-ci ait des implications directes ou non dans un conflit armé, un acte de violence ou dans le renversement de l'ordre constitutionnellement établi. Le refus de la qualité du combattant fait de lui un civil. Il semble donc être toute personne morale ou physique de nationalité étrangère recrutée dans le territoire national ou à l'étranger pour combattre dans un conflit armé dans le but de son intérêt personnel.

Au regard du droit positif, le mercenaire semble être toute personne morale ou physique de nationalité étrangère recrutée dans le territoire national ou à l'étranger pour soit combattre dans un conflit armé, soit participer à un acte de violence afin de renverser un régime politique dûment établi dans le but de son intérêt personnel. Il n'est pas incriminé par le DICA qui admet seulement la possibilité de lui refuser le statut de combattant ainsi que de tout droit en découlant. Son incrimination en droit international se confond avec le droit à l'autodétermination.

Le caractère abstrait du peuple conduit à des situations confuses dans lesquelles les mêmes États défendent une chose et son contraire. Les États africains parties à la Convention de l'ONU contre le recrutement, l'utilisation, le financement et l'instruction de mercenaires du 4 décembre 1989 ne sont pas tous parties à celle concernant l'élimination du mercenariat en Afrique du 3 juillet 1977 ou vice-versa . L'écueil se situe au niveau de la définition du mercenaire pour les uns et la territorialité des obligations de celle-ci pour les autres.

Néanmoins, les États non africains ne sont pas étrangers à ces controverses. L'Assemblée nationale les présente d'une façon indicative entre le Protocole I et la Convention de l'ONU contre le recrutement, l'utilisation, le financement et l'instruction de mercenaires lors de la présentation du projet de loi relative à la répression des activités mercenaires du 14 avril 2003. Madame le ministre de la défense, Michèle Alliot-Marie, s'exprima lors des débats en ces termes : « tout État a le droit de se défendre et le devoir de protéger ses citoyens. S'il n'a pas les moyens militaires de le faire par lui-même, il doit avoir la possibilité de recruter à cet effet les personnes nécessaires pour conforter son assise. (…) il convient de sanctionner les excès du mercenariat en encadrant sa pratique ».

Il convient d'en relever les spécificités de la clause exceptionnelle sur le mercenariat apparue dans le droit de Genève et qui s'est développée ensuite à l'extérieur de ce droit. Aussi la reconnaissance du statut de prisonnier de guerre à toutes les forces participant à un conflit armé entraine-t-elle une analyse de sa portée.

    B. Portée de la protection

La protection des combattants fut élargie en 1977 aux guérilleros. La valeur de cet élargissement procède du lien étroit entre les faits et les normes qui les régissent. Le DIH est une branche du droit teinté de la réalité des faits et de ce fait, il reste à l'image du Code de la route la norme appliquée à toute personne ayant préalablement obtenu une licence de participation aux hostilités. De surcroît, le fait d'usurper la posture de la personne habilitée constitue en soi une infraction. Toute personne capable de conduire un véhicule serait un chauffeur. Elle est différente du conducteur qualifié. Ce dernier est donc celle qui aurait obtenu sa licence, le permis de conduire, comme en témoigne son emploi dans le Code de la route en l'occurrence les dispositions relatives au comportement du conducteur.

Les deux personnes représentent respectivement les catégories du DIH : les civils et les combattants. Tous les civils peuvent connaître l'art militaire sans pour autant être combattant. Ce dernier est le civil qui a la licence de prendre part au combat. Certes l'interpénétration entre ces deux catégories fait de sorte que le civil devienne un combattant circonstanciel. Dans cet ordre d'idées, la portée de l'élargissement pose fondamentalement la problématique du recadrage du droit des conflits dans le but de respecter les droits de l'Homme.

    a- Recadrage du droit humanitaire. Le recadrage du combattant consiste à dresser une ligne entre les fournisseurs et collaborateurs des forces armées dépourvus de la qualité de combattant mais jouissant du droit des prisonniers de guerre en cas de leur capture et la population civile qui ne participe en aucun cas dans l'effort direct de la guerre. Ainsi, vouloir réduire leur manœuvre à la participation indirecte aux hostilités est une idée fallacieuse vue les liens étroits entre la participation directe aux hostilités et la fourniture des moyens de guerre. Cette dernière étant davantage supérieure à la première par l'importance de ses attributions pour la suite des événements sur le théâtre. A témoin, le combat est alimenté par l'approvisionnement des combattants en munitions et l'assurance de la qualité du fonctionnement des équipements. L'absence des munitions et de la maintenance entraîneraient un déficit qui peut se traduire par une défaite ou la négociation d'un cessez-le-feu.

Le droit ne laisse pas en marge les fournisseurs ou les collaborateurs des forces armées. Les security contractors utilisés par les forces armées américaines et leurs alliés de la coalition en Irak et en Afghanistan ne peuvent pas tous être pris pour des mercenaires. Leur regroupement autour des SMP est une question d'organisation. L'effort de mise à jour en 1977 des Conventions de Genève en matière de traitement des prisonniers de guerre reste donc d'actualité. Toute personne en captivité ayant pris part aux hostilités a droit au statut de prisonnier de guerre après avoir été reconnue combattant.

Nous enregistrons aujourd'hui des voies pour clamer une détermination des activités inhérentes aux forces armées assumées ou gérées conjointement avec les entités non étatiques comme les SMP pendant les opérations militaires. La privatisation des activités longtemps prônées par l'État n'épargne plus aucun secteur. Elle affecte l'être de l'État soit par un délaissement total au secteur privé, soit par l'extinction des prérogatives exceptionnelles de ses activités pour devenir banales et exploitables par tout particulier selon les lois du marché et de la concurrence. Les activités de la défense sont confrontées à cette alternative.

L'administration américaine, après avoir souligné la nature cruciale des renseignements dans la conduite des opérations militaires, a dressé une liste des activités accessoires au combat dont l'externalisation ne causerait pas préjudice aux forces armées du moment que ces activités le sont déjà de fait. Il s'agit notamment de la logistique, l'instruction, le génie, la surveillance des installations ou dépôts d'armement, le transport et l'ingénierie. Par contre, la France voit dans l'externalisation de ces activités un moule à broyer des deniers publics à cause d'une exigence des prestations d'une qualité d'extrême technicité qui exclut la concurrence. Cela en raison d'un nombre restreint de sociétés aptes à fournir ces prestations pointues notamment le ravitaillement en vol et l'entretien des équipements sophistiqués.

Ainsi, le CICR et la Suisse ont lancé depuis 2005 une initiative pour une transparence des activités concédées aux SPMS selon un encadrement juridique concis et transparent dont le document de Montreux de septembre 2008 est son point culminant et peut-être le repère pour une instrumentalisation internationale à venir malgré les critiques du Groupe de travail sur l'utilisation de mercenaires comme moyen de violer des droits de l'Homme et le droit à l'autodétermination.

    b- Respect des droits de l'Homme. L'élargissement des droits reconnus au seul combattant porte ses effets dans le cadre des droits de l'Homme. La spécificité des conflits armés n'exclut pas la généralisation des instruments portant protection de l'individu dont les stipulations sont compatibles avec la réalité des opérations militaires. La clause Martens répond à cette exigence. L'articule 1er, § 2 du Protocole I l'affirme en ces termes : « Dans les cas non prévus par le présent Protocole ou par d'autres accords internationaux, les personnes civiles et les combattants restent sous la sauvegarde et sous l'empire des principes du droit des gens, tels qu'ils résultent des usages établis, des principes de l'humanité et des exigences de la conscience publique ».

Dans cette perspective, la jurisprudence européenne se fonde sur la nécessité démocratique et une exigence technique tirée de l'article 15 de la Convention européenne des droits de l'Homme (CEsDH) afin de promouvoir le respect des droits de l'Homme dans des situations de conflit armé. Le juge a condamné la politique britannique discriminant les homosexuels au sein des forces armées au regard des articles 8 et 14 de la CEsDH. Le juge américain fait application des droits constitutionnellement garantis pour admettre le recours devant les juridictions fédérales des décisions concernant les détenus de Guantánamo Bay.

Les combattants, les non combattants, les personnes civiles et la population civile sont couverts par un large éventail des normes internationales portant sur la protection des individus comme en illustre notamment les articles 75 du Protocole I, 27 et 30 à 32 de la Convention IV de Genève relative à la protection des personnes civiles en temps de guerre et le droit de rapatriement des étrangers vivant dans un État belligérant prévu à l'article 35 de la même Convention. La protection de la vie est garantie de la même façon dans les deux branches du droit qui se rapprochent davantage. La sacralité de la vie conduit non seulement à l'interdiction de tuer un soldat se rendant à l'ennemi, un soldat blessé, naufragé ou malade, mais également au respect de l'intégrité physique de l'individu et tout ce qui y rapporte.

La codification du DIH a limité le choix des méthodes ou des moyens de guerre et les souffrances issues des conflits armés en sont remédiées sans discrimination entre les individus fondée sur leur origine, leur appartenance, leur sexe, leur opinion politique ou philosophique, leur nationalité, leur race ou tout autre critère analogue. Ces Conventions prônent un traitement humain pour toutes les personnes ayant pris part aux hostilités sans tenir compte de leur statut. Ainsi, elles ont traité avec beaucoup de retenu la question du combattant pendant 145 ans.

C'est dans cette perspective que les ONG ainsi que des gouvernements se sont indignés du traitement inhumain des Afghans, Irakiens, Saoudiens et autres nationaux détenus notamment à Kandahar, Abu Ghraib et Guantánamo. Certes, ils méritaient le traitement prévu par la 3e Convention de Genève ou la Convention contre la torture et autres peines ou traitements cruels, inhumains et dégradant du 10 octobre 1984, mais les États-Unis se sont contentés d'affirmer que nul ne peut se prévaloir de sa propre turpitude, les hors-la-loi ne peuvent donc se prévaloir du droit qu'ils ont ignorés.

Les accords bilatéraux ou spécifiques de protection des droits fondamentaux sont pris en compte du moment qu'ils ne diminuent pas le minima standard des droits protégés par le droit de Genève. Les articles 6 des deux premières Conventions de Genève et 7 de la 3e Convention portent des stipulations en ce sens ainsi que les articles 13 à 18 de la 4e Convention ou l'article 49, § 4 du Protocole I. L'interdiction du traitement inhumain constitue le socle des droits fondamentaux reconnu de façon similaire par le DIH et les systèmes internationaux de protection des droits de l'Homme notamment la garantie des droits de procédure et d'une justice équitable.

Il y a une complémentarité entre le jus in bello et le DIDH. L'objet de protéger la personne humaine est cher à chacune de ces branches du droit. La CIJ le corrobore dans son Avis sur la licéité de la menace ou de l'emploi des armes nucléaires en ces termes : « la protection offerte par le Pacte international relatif aux droits civils et politiques ne cesse pas en temps de guerre, si ce n'est par l'effet de l'article 4 du Pacte, qui prévoit qu'il ne peut être dérogé, en cas de danger public, à certaines des obligations qu'impose cet instrument. Le respect du droit à la vie ne constitue cependant pas une prescription à laquelle il peut être dérogé. En principe, le droit de ne pas être arbitrairement privé de la vie vaut aussi pendant des hostilités ».

En définitive, L'octroi du statut de prisonnier de guerre à une personne ayant pris part aux hostilités sans être combattant procèdent de la conscience publique des belligérants. Le civil n'est pas un non combattant. Ce dernier est membre des forces armées d'un belligérant. Certes les deux peuvent relever du ministère de la Défense qui comporte des civils et des militaires. Tout militaire ayant achevé ses années de service regagne la vie civile. La confusion entre les civils et les non combattants rend davantage difficile la protection de différents organismes travaillant pour la protection des civils notamment le personne des ONG humanitaires.

L'interpénétration des discours et l'extinction progressive des prérogatives étatiques dans de nombreux secteurs d'activités n'épargnent pas les forces armées dont la transversalité au sein des secteurs de l'économie nationale est avérée. Nombre de mandats confiés aux forces armées dans le cadre des interventions onusiennes ont une nature non létale. Aussi ce contexte engendre-t-il une conséquence dans la pratique avec l'avènement des SMPS sur la scène internationale.

dimanche 18 octobre 2009

Extrait du discours de B. H. Oboma II du 20 mars 2008

 

Était-ce un speech historique, exceptionnel, comparable à celui de Kennedy en 1960 sur son affiliation catholique ? Ou bien un rideau de fumée, un numéro rhétorique d'illusionniste ?

Fascinés, les médias américains ont couvert en long, en large et en travers le discours d'Obama sur la question raciale. Et beaucoup d'Américains eux-mêmes l'ont scruté à la loupe : l'intégrale du discours était hier le deuxième article le plus envoyé par e-mail sur le site du New York Times.

En France ? Rien, ou presque. Les médias ont vite expédié la question de savoir si Obama avait pris ses distances avec son ancien pasteur. Pour le reste, circulez, y'a rien à voir.

Et rien à lire : aucun organe de presse, pas même les agences, n'a donné de traduction intégrale du discours en français.

Voilà un manque que nous avons décidé de combler avec la traduction in extenso que voici.

Que vous soyez obamaniaque, obamophobe ou simplement curieux, peu importe. Jugez sur pièce. Lisez, réagissez. Et faites circuler.

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« Nous le peuple, dans le but de former une union plus parfaite.

Il y a deux cent vingt et un ans, un groupe d'hommes s'est rassemblé dans une salle qui existe toujours de l'autre côté de la rue, et avec ces simples mots, lança l'aventure inouïe de la démocratie américaine.

Agriculteurs et savants, hommes politiques et patriotes qui avaient traversé l'océan pour fuir la tyrannie et les persécutions, donnèrent enfin forme à leur déclaration d'indépendance lors d'une convention qui siégea à Philadelphie jusqu'au printemps 1787.

Ils finirent par signer le document rédigé, non encore achevé. Ce document portait le stigmate du péché originel de l'esclavage, un problème qui divisait les colonies et faillit faire échouer les travaux de la convention jusqu'à ce que les pères fondateurs décident de permettre le trafic des esclaves pendant encore au moins vingt ans, et de laisser aux générations futures le soin de l'achever.

Bien sûr, la réponse à la question de l'esclavage était déjà en germe dans notre constitution, une constitution dont l'idéal de l'égalité des citoyens devant la loi est le cœur, une constitution qui promettait à son peuple la liberté et la justice, et une union qui pouvait et devait être perfectionnée au fil du temps.

Et pourtant des mots sur un parchemin ne suffirent ni à libérer les esclaves de leurs chaînes, ni à donner aux hommes et aux femmes de toute couleur et de toute croyance leurs pleins droits et devoirs de citoyens des Etats-Unis

Il fallait encore que, de génération en génération, les Américains s'engagent —en luttant et protestant, dans la rue et dans les tribunaux, et en menant une guerre civile et une campagne de désobéissance civile, toujours en prenant de grands risques—, pour réduire l'écart entre la promesse de nos idéaux et la réalité de leur temps.

C'est l'une des tâches que nous nous sommes fixées au début de cette campagne —continuer la longue marche de ceux qui nous ont précédé, une marche pour une Amérique plus juste, plus égale, plus libre, plus généreuse et plus prospère.

J'ai choisi de me présenter aux élections présidentielles à ce moment de l'histoire parce que je crois profondément que nous ne pourrons résoudre les problèmes de notre temps que si nous les résolvons ensemble, que nous ne pourrons parfaire l'union que si nous comprenons que nous avons tous une histoire différente mais que nous partageons de mêmes espoirs, que nous ne sommes pas tous pareils et que nous ne venons pas du même endroit mais que nous voulons aller dans la même direction, vers un avenir meilleur pour nos enfants et petits-enfants.

Cette conviction me vient de ma foi inébranlable en la générosité et la dignité du peuple Américain. Elle me vient aussi de ma propre histoire d'Américain. Je suis le fils d'un noir du Kenya et d'une blanche du Kansas. J'ai été élevé par un grand-père qui a survécu à la Dépression et qui s'est engagé dans l'armée de Patton pendant la deuxième Guerre Mondiale, et une grand-mère blanche qui était ouvrière à la chaîne dans une usine de bombardiers quand son mari était en Europe.

J'ai fréquenté les meilleures écoles d'Amérique et vécu dans un des pays les plus pauvres du monde. J'ai épousé une noire américaine qui porte en elle le sang des esclaves et de leurs maîtres, un héritage que nous avons transmis à nos deux chères filles.

J'ai des frères, des sœurs, des nièces, des neveux des oncles et des cousins, de toute race et de toute teinte, dispersés sur trois continents, et tant que je serai en vie, je n'oublierai jamais que mon histoire est inconcevable dans aucun autre pays.

C'est une histoire qui ne fait pas de moi le candidat le plus plausible. Mais c'est une histoire qui a gravé au plus profond de moi l'idée que cette nation est plus que la somme de ses parties, que de plusieurs nous ne faisons qu'un.

Tout au long de cette première année de campagne, envers et contre tous les pronostics, nous avons constaté à quel point les Américains avaient faim de ce message d'unité.

Bien que l'on soit tenté de juger ma candidature sur des critères purement raciaux, nous avons remporté des victoires impressionnantes dans les états les plus blancs du pays. En Caroline du Sud, où flotte encore le drapeau des Confédérés, nous avons construit une coalition puissante entre Afro-Américains et Américains blancs.

Cela ne veut pas dire que l'appartenance raciale n'a joué aucun rôle dans la campagne. A plusieurs reprises au cours de la campagne, des commentateurs m'ont trouvé ou « trop noir » ou « pas assez noir ».

Nous avons vu surgir des tensions raciales dans la semaine qui a précédé les primaires de la Caroline du Sud. Les médias ont épluché chaque résultat partiel, à la recherche de tout indice de polarisation raciale, pas seulement entre noirs et blancs mais aussi entre noirs et bruns.

Et pourtant ce n'est que ces deux dernières semaines que la question raciale est devenue un facteur de division.

D'un côté on a laissé entendre que ma candidature était en quelque sorte un exercice de discrimination positive, basé seulement sur le désir de libéraux [Ndt : gens de gauche] candides d'acheter à bon marché la réconciliation raciale.

D'un autre côté on a entendu mon ancien pasteur, le Rev. Jeremiah Wright, exprimer dans un langage incendiaire des opinions qui risquent non seulement de creuser le fossé entre les races mais aussi de porter atteinte à ce qu'il y a de grand et de bon dans notre pays. Voilà qui, à juste titre choque blancs et noirs confondus.

J'ai déjà condamné sans équivoque aucune les déclarations si controversées du Rev. Wright. Il reste des points qui en dérangent encore certains.

Est-ce que je savais qu'il pouvait à l'occasion dénoncer avec violence la politique américaine intérieure et étrangère ? Bien sûr. M'est-il arrivé de l'entendre dire des choses contestables quand j'étais dans son église ? Oui. Est-ce que je partage toutes ses opinions politiques ? Non, bien au contraire ! Tout comme j'en suis sûr beaucoup d'entre vous entendent vos pasteurs, prêtres ou rabbins proférer des opinions que vous êtes loin de partager.

Mais les déclarations à l'origine de ce récent tollé ne relevaient pas seulement de la polémique. Elles n'étaient pas que l'indignation d'un leader spirituel dénonçant les injustices ressenties.

Elles reflétaient plutôt une vue profondément erronée de ce pays —une vue qui voit du racisme blanc partout, une vue qui met l'accent sur ce qui va mal en Amérique plutôt que sur ce qui va bien. Une vue qui voit les racines des conflits du Moyen-Orient essentiellement dans les actions de solides alliés comme Israël, au lieu de les chercher dans les idéologies perverses et haineuses de l'Islam radical.

Le Rev. Jeremiah Wright ne fait pas que se tromper, ses propos sèment la discorde à un moment où nous devons trouver ensemble des solutions à nos énormes problèmes : deux guerres, une menace terroriste, une économie défaillante, une crise chronique du système de santé, un changement climatique aux conséquences désastreuses. Ces problèmes ne sont ni noirs ni blancs, ni hispaniques ni asiatiques mais ce sont des problèmes qui nous concernent tous.

Au vu de mon parcours, de mes choix politiques et des valeurs et idéaux auxquels j'adhère, on dira que je ne suis pas allé assez loin dans ma condamnation. Et d'abord pourquoi m'être associé avec le Rev. Jeremiah Wright, me demandera-t-on ? Pourquoi ne pas avoir changé d'église ?

J'avoue que si tout ce que je savais du Rev. Wright se résumait aux bribes de sermons qui passent en boucle à la télévision et sur YouTube, ou si la Trinity United Church of Christ ressemblait aux caricatures colportées par certains commentateurs, j'aurais réagi de même.

Mais le fait est que ce n'est pas tout ce que je sais de cet homme. L'homme que j'ai rencontré il y a plus de vingt ans est l'homme qui m'a éveillé à ma foi. Un homme pour qui aimer son prochain, prendre soin des malades et venir en aide aux miséreux est un devoir.

Voilà un homme qui a servi dans les Marines, qui a étudié et enseigné dans les meilleures universités et séminaires et qui pendant plus de trente ans a été à la tête d'une église, qui en se mettant au service de sa communauté accomplit l'œuvre de Dieu sur terre : loger les sans-abris, assister les nécessiteux, ouvrir des crèches, attribuer des bourses d'études, rendre visite aux prisonniers, réconforter les séropositifs et les malades atteints du sida.

Dans mon livre, Les Rêves de mon père, je décris mes premières impressions de l'église de la Trinity:

« L'assistance se mit à crier, à se lever, à taper des mains, et le vent puissant de son souffle emportait la voix du révérend jusqu'aux chevrons (...). Et dans ces simples notes — espoir ! — j'entendis autre chose. Au pied de cette croix, à l'intérieur des milliers d'églises réparties dans cette ville, je vis l'histoire de noirs ordinaires se fondre avec celles de David et Goliath, de Moïse et Pharaon, des chrétiens jetés dans la fosse aux lions, du champ d'os desséchés d'Ezékiel.

Ces histoires —de survie, de liberté, d'espoir— devenaient notre histoire, mon histoire ; le sang qui avait été versé était notre sang, les larmes étaient nos larmes. Cette église noire, en cette belle journée, était redevenue un navire qui transportait l'histoire d'un peuple jusqu'aux générations futures et jusque dans un monde plus grand.

Nos luttes et nos triomphes devenaient soudain uniques et universels, noirs et plus que noirs. En faisant la chronique de notre voyage, les histoires et les chants nous donnaient un moyen de revendiquer des souvenirs dont nous n'avions pas à avoir honte (…), des souvenirs que tout le monde pouvait étudier et chérir - et avec lesquels nous pouvions commencer à reconstruire. »


Telle a été ma première expérience à Trinity. Comme beaucoup d'églises majoritairement noires, Trinity est un microcosme de la communauté noire : on y voit le médecin et la mère assistée, l'étudian
t modèle et le voyou repenti.

Comme toutes les autres églises noires, les services religieux de Trinity résonnent de rires tapageurs et de plaisanteries truculentes. Et ça danse, ça tape des mains, ça crie et ça hurle, ce qui peut paraître incongru à un nouveau venu

L'église contient toute la tendresse et la cruauté, l'intelligence l'extrême et l'ignorance crasse, les combats et les réussites, tout l'amour et, oui, l'amertume et les préjugés qui sont la somme de l'expérience noire en Amérique.

Et cela explique sans doute mes rapports avec le Rev. Wright. Si imparfait soit-il, je le considère comme un membre de ma famille. Il a raffermi ma foi, célébré mon mariage et baptisé mes enfants.

Jamais dans mes conversations avec lui ne l'ai-je entendu parler d'un groupe ethnique en termes péjoratifs, ou manquer de respect ou de courtoisie envers les blancs avec qui il a affaire. Il porte en lui les contradictions — le bon et le mauvais— de la communauté qu'il sert sans se ménager depuis tant d'années.

Je ne peux pas plus le renier que je ne peux renier la communauté noire, je ne peux pas plus le renier que je ne peux renier ma grand-mère blanche, une femme qui a fait tant de sacrifices pour moi, une femme qui m'aime plus que tout au monde, mais aussi une femme qui m'avouait sa peur des noirs qu'elle croisait dans la rue et que, plus d'une fois, j'ai entendu faire des remarques racistes qui m'ont répugné.

Ces personnes sont une partie de moi. Et elles font partie de l'Amérique, ce pays que j'aime.

D'aucuns verront ici une tentative de justifier ou d'excuser des propos tout à fait inexcusables. Je peux vous assurer qu'il n'en est rien. Je suppose qu'il serait plus prudent, politiquement, de continuer comme si de rien n'était, en espérant que toute l'affaire sera vite oubliée.

Nous pourrions faire peu de cas du Rev. Wright, et ne voir en lui qu'un excentrique ou un démagogue, tout comme certains l'ont fait dans le cas de Geraldine Ferraro, l'accusant, à la suite de ses récentes déclarations, de préjugé racial.

Mais je crois que ce pays, aujourd'hui, ne peut pas se permettre d'ignorer la problématique de race. Nous commettrions la même erreur que le Rev. Wright dans ses sermons offensants sur l'Amérique —en simplifiant, en recourant à des stéréotypes et en accentuant les côtés négatifs au point de déformer la réalité.

Le fait est que les propos qui ont été tenus et les problèmes qui ont été soulevés ces dernières semaines reflètent les aspects complexes du problème racial que n'avons jamais vraiment explorés — une partie de notre union qui nous reste encore à parfaire.

Et si nous abandonnons maintenant pour revenir tout simplement à nos positions respectives, nous n'arriverons jamais à nous unir pour surmonter ensemble les défis que sont l'assurance maladie, l'éducation ou la création d'emplois pour chaque Américain.

Pour comprendre cet état de choses, il faut se rappeler comment on en est arrivé là. Comme l'a écrit William Faulkner : « Le passé n'est pas mort et enterré. En fait il n'est même pas passé. » Nul besoin ici de réciter l'histoire des injustices raciales dans ce pays

Mais devons nous rappeler que si tant de disparités existent dans la communauté afro-américaine d'aujourd'hui, c'est qu'elles proviennent en droite ligne des inégalités transmises par la génération précédente qui a souffert de l'héritage brutal de l'esclavage et de Jim Crow.

La ségrégation à l'école a produit et produit encore des écoles inférieures. Cinquante ans après Brown vs. The Board of Education, rien n'a changé et la qualité inférieure de l'éducation que dispensent ces écoles aide à expliquer les écarts de réussite entre les étudiants blancs et noirs d'aujourd'hui.

La légalisation de la discrimination —des noirs qu'on empêchait, souvent par des méthodes violentes, d'accéder a la propriété, des crédits que l'on accordait pas aux entrepreneurs afro-américains, des propriétaires noirs qui n'avaient pas droit aux prêts du FHA [Ndt : Federal Housing Administration, l'administration fédérale en charge du logement], des noirs exclus des syndicats, des forces de police ou des casernes de pompiers, a fait que les familles noires n'ont jamais pu accumuler un capital conséquent à transmettre aux générations futures.

Cette histoire explique l'écart de fortune et de revenus entre noirs et blancs et la concentration des poches de pauvreté qui persistent dans tant de communautés urbaines et rurales d'aujourd'hui.

Le manque de débouchés parmi les noirs, la honte et la frustration de ne pouvoir subvenir aux besoins de sa famille ont contribué a la désintégration des familles noires —un problème que la politique d'aide sociale, pendant des années, a peut-être aggravée. Le manque de service publics de base dans un si grand nombre de quartiers noirs —des aires de jeux pour les enfants, des patrouilles de police, le ramassage régulier des ordures et l'application des codes d'urbanisme, tout cela a crée un cycle de violence, de gâchis et de négligences qui continue de nous hanter.

C'est la réalité dans laquelle le Rev. Wright et d'autres Afro-Américains de sa génération ont grandi. Ils sont devenus adultes à la fin des années 50 et au début des années 60, époque ou la ségrégation était encore en vigueur et les perspectives d'avenir systématiquement réduites.

Ce qui est extraordinaire, ce n'est pas de voir combien ont renoncé devant la discrimination, mais plutôt combien ont réussi à surmonter les obstacles et combien ont su ouvrir la voie à ceux qui, comme moi, allaient les suivre.

Mais pour tous ceux qui ont bataillé dur pour se tailler une part du Rêve Américain, il y en a beaucoup qui n'y sont pas arrivés – ceux qui ont été vaincus, d'une façon ou d'une autre, par la discrimination.

L'expérience de l'échec a été léguée aux générations futures : ces jeunes hommes et, de plus en plus, ces jeunes femmes que l'on voit aux coins des rues ou au fond des prisons, sans espoir ni perspective d'avenir. Même pour les noirs qui s'en sont sortis, les questions de race et de racisme continuent de définir fondamentalement leur vision du monde.

Pour les hommes et les femmes de la génération du Rev. Wright, la mémoire de l'humiliation de la précarité et de la peur n'a pas disparu, pas plus que la colère et l'amertume de ces années.

Cette colère ne s'exprime peut-être pas en public, devant des collègues blancs ou des amis blancs. Mais elle trouve une voix chez le coiffeur ou autour de la table familiale. Parfois cette colère est exploitée par les hommes politiques pour gagner des voix en jouant la carte raciale, ou pour compenser leur propre incompétence.

Et il lui arrive aussi de trouver une voix, le dimanche matin à l'église, du haut de la chaire ou sur les bancs des fidèles. Le fait que tant de gens soient surpris d'entendre cette colère dans certains sermons du Rev. Wright nous rappelle le vieux truisme, à savoir que c'est à l'office du dimanche matin que la ségrégation est la plus évidente.

Cette colère n'est pas toujours une arme efficace. En effet, bien trop souvent, elle nous détourne de nos vrais problèmes, elle nous empêche de confronter notre part de responsabilité dans notre condition, et elle empêche la communauté afro-américaine de nouer les alliances indispensables à un changement véritable.

Mais cette colère est réelle, et elle est puissante, et de souhaiter qu'elle disparaisse, de la condamner sans en comprendre les racines ne sert qu'à creuser le fossé d'incompréhension qui existe entre les deux races.

Et de fait, il existe une colère similaire dans certaines parties de la communauté blanche. La plupart des Américains de la classe ouvrière et de la classe moyenne blanche n'ont pas l'impression d'avoir été spécialement favorisés par leur appartenance raciale.

Leur expérience est l'expérience de l'immigrant —dans leur cas, ils n'ont hérité de personne, ils sont partis de rien. Ils ont travaillé dur toute leur vie, souvent pour voir leurs emplois délocalisés et leurs retraites partir en fumée.

Ils sont inquiets pour leur avenir, ils voient leurs rêves s'évanouir; à une époque de stagnation des salaires et de concurrence mondiale, les chances de s'en sortir deviennent comme un jeu de somme nulle où vos rêves se réalisent au dépens des miens.

Alors, quand on leur dit que leurs enfants sont affectés à une école à l'autre bout de la ville, quand on leur dit qu'un Afro-Américain qui décroche un bon job ou une place dans une bonne faculté est favorisé à cause d'une injustice qu'ils n'ont pas commise, quand on leur dit que leur peur de la délinquance dans les quartiers est une forme de préjugé, la rancœur s'accumule au fil du temps.

Comme la colère au sein de la communauté noire qui ne s'exprime pas en public, ces choses qui fâchent ne se disent pas non plus. Mais elles affectent le paysage politique depuis au moins une génération.

C'est la colère envers la politique d'assistance de l'Etat-Providence et la politique de discrimination positive qui ont donné naissance à la Coalition Reagan. Les hommes politiques ont systématiquement exploité la peur de l'insécurité à des fins électorales. Les présentateurs des talk-shows et les analystes conservateurs se sont bâti des carrières en débusquant des accusations de racisme bidon, tout en assimilant les débats légitimes sur les injustices et les inégalités raciales à du politiquement correct ou du racisme a rebours.

Tout comme la colère noire s'est souvent avérée contre-productive, la rancœur des blancs nous a aveuglés sur les véritables responsables de l'étranglement de la classe moyenne —une culture d'entreprise où les délits d'initiés, les pratiques comptables douteuses et la course aux gains rapides sont monnaie courante ; une capitale sous l'emprise des lobbies et des groupes de pression, une politique économique au service d'une minorité de privilégiés.

Et pourtant, souhaiter la disparition de cette rancœur des blancs, la qualifier d'inappropriée, voire de raciste, sans reconnaître qu'elle peut avoir des causes légitimes —voila aussi qui contribue à élargir la fracture raciale et faire en sorte que l'on n'arrive pas à se comprendre.

Voilà où nous en sommes actuellement : incapables depuis des années de nous extirper de l'impasse raciale. Contrairement aux dires de certains de mes critiques, blancs ou noirs, je n'ai jamais eu la naïveté de croire que nous pourrions régler nos différends raciaux en l'espace de quatre ans ou avec une seule candidature, qui plus est une candidature aussi imparfaite que la mienne.

Mais j'ai affirmé ma conviction profonde—une conviction ancrée dans ma foi en Dieu et ma foi dans le peuple américain—qu'en travaillant ensemble nous arriverons à panser nos vieilles blessures raciales et qu'en fait nous n'avons plus le choix si nous voulons continuer d'avancer dans la voie d'une union plus parfaite.

Pour la communauté afro-américaine, cela veut dire accepter le fardeau de notre passé sans en devenir les victimes, cela veut dire continuer d'exiger une vraie justice dans tous les aspects de la vie américaine. Mais cela veut aussi dire associer nos propres revendications –meilleure assurance maladie, meilleures écoles, meilleurs emplois—aux aspirations de tous les Américains, qu'il s'agisse de la blanche qui a du mal à briser le plafond de verre dans l'échelle hiérarchique, du blanc qui a été licencié ou de l'immigrant qui s'efforce de nourrir sa famille.

Cela veut dire aussi assumer pleinement nos responsabilités dans la vie — en exigeant davantage de nos pères, en passant plus de temps avec nos enfants, en leur faisant la lecture, en leur apprenant que même s'ils sont en butte aux difficultés et à la discrimination, ils ne doivent jamais succomber au désespoir et au cynisme : ils doivent toujours croire qu'ils peuvent être maîtres de leur destinée.

L'ironie, c'est que cette notion si fondamentalement américaine –et, oui, conservatrice—de l'effort personnel, on la retrouve souvent dans les sermons du Rev. Wright. Mais ce que mon ancien pasteur n'a pas compris, c'est qu'on ne peut pas chercher à s'aider soi-même sans aussi croire que la société peut changer.

L'erreur profonde du Rev. Wright n'est pas d'avoir parlé du racisme dans notre société. C'est d'en avoir parlé comme si rien n'avait changé, comme si nous n'avions pas accompli de progrès, comme si ce pays —un pays ou un noir peut être candidat au poste suprême et construire une coalition de blancs et de noirs, d'hispaniques et d'asiatiques, de riches et de pauvres, de jeunes et de vieux—était encore prisonnier de son passé tragique. Mais ce que nous savons – ce que nous avons vu—c'est que l'Amérique peut changer. C'est là le vrai génie de cette nation. Ce que nous avons déjà accompli nous donne de l'espoir —l'audace d'espérer —pour ce que nous pouvons et devons accomplir demain.

Pour ce qui est de la communauté blanche, la voie vers une union plus parfaite suppose de reconnaître que ce qui fait souffrir la communauté afro-américaine n'est pas le produit de l'imagination des noirs ; que l'héritage de la discrimination —et les épisodes actuels de discrimination, quoique moins manifestes que par le passé- sont bien réels et doivent être combattus.

Non seulement par les mots, mais par les actes —en investissant dans nos écoles et nos communautés ; en faisant respecter les droits civils et en garantissant une justice pénale plus équitable ; en donnant à cette génération les moyens de s'en sortir, ce qui faisait défaut aux générations précédentes.

Il faut que tous les Américains comprennent que vos rêves ne se réalisent pas forcément au détriment des miens ; qu'investir dans la santé, les programmes sociaux et l'éducation des enfants noirs, bruns et blancs contribuera à la prospérité de tous les Américains.

En fin de compte, ce que l'on attend de nous, ce n'est ni plus ni moins ce que toutes les grandes religions du monde exigent —que nous nous conduisions envers les autres comme nous aimerions qu'ils se conduisent envers nous. Soyons le gardien de notre frère, nous disent les Ecritures. Soyons le gardien de notre sœur. Trouvons ensemble cet enjeu commun qui nous soude les uns aux autres, et que notre politique reflète aussi l'esprit de ce projet.

Car nous avons un choix à faire dans ce pays. Nous pouvons accepter une politique qui engendre les divisions intercommunautaires, les conflits et le cynisme. Nous pouvons aborder le problème racial en voyeurs —comme pendant le procès d'O.J. Simpson —, sous un angle tragique – comme nous l'avons fait après Katrina – ou encore comme nourriture pour les journaux télévisés du soir. Nous pouvons exploiter la moindre bavure dans le camp d'Hillary comme preuve qu'elle joue la carte raciale, ou nous pouvons nous demander si les électeurs blancs voteront en masse pour John McCain en novembre, quel que soit son programme politique.

Oui, nous pouvons faire cela.

Mais dans ce cas, je vous garantis qu'aux prochaines élections nous trouverons un autre sujet de distraction. Et puis un autre. Et puis encore un autre. Et rien ne changera.

C'est une possibilité. Ou bien, maintenant, dans cette campagne, nous pouvons dire ensemble : « Cette fois, non ». Cette fois nous voulons parler des écoles délabrées qui dérobent leur avenir à nos enfants, les enfants noirs, les enfants blancs, les enfants asiatiques, les enfants hispaniques et les enfants amérindiens.

Cette fois nous ne voulons plus du cynisme qui nous répète que ces gosses sont incapables d'apprendre, que ces gosses qui nous ne ressemblent pas sont les problèmes de quelqu'un d'autre. Les enfants de l'Amérique ne sont pas ces gosses-là, mais ces gosses-là sont pourtant bien nos enfants, et nous ne tolérerons pas qu'ils soient laissés pour compte dans la société du vingt-et-unième siècle. Pas cette fois.

Cette fois nous voulons parler des files d'attente aux urgences peuplées de blancs, de noirs et d'hispaniques qui n'ont pas d'assurance santé, qui ne peuvent seuls s'attaquer aux groupes de pression mais qui pourront le faire si nous nous y mettons tous.

Cette fois nous voulons parler des usines qui ont fermé leurs portes et qui ont longtemps fait vivre honnêtement des hommes et des femmes de toute race, nous voulons parler de ces maisons qui sont maintenant à vendre et qui autrefois étaient les foyers d'Américains de toute religion, de toute région et de toute profession.

Cette fois nous voulons parler du fait que le vrai problème n'est pas que quelqu'un qui ne vous ressemble pas puisse vous prendre votre boulot, c'est que l'entreprise pour laquelle vous travaillez va délocaliser dans le seul but de faire du profit.

Cette fois, nous voulons parler des hommes et des femmes de toute couleur et de toute croyance qui servent ensemble, qui combattent ensemble et qui versent ensemble leur sang sous le même fier drapeau. Nous voulons parler du moyen de les ramener à la maison, venant d'une guerre qui n'aurait jamais dû être autorisée et qui n'aurait jamais dû avoir lieu, et nous voulons parler de la façon de montrer notre patriotisme en prenant soin d'eux et de leurs familles et en leur versant les allocations auxquelles ils ont droit.

Je ne me présenterais pas à l'élection présidentielle si je ne croyais pas du fond du cœur que c'est ce que veut l'immense majorité des Américains pour ce pays. Cette union ne sera peut-être jamais parfaite mais, génération après génération, elle a montré qu'elle pouvait se parfaire.

Et aujourd'hui, chaque fois que je me sens sceptique ou cynique quant à cette possibilité, ce qui me redonne le plus d'espoir est la génération à venir —ces jeunes dont les attitudes, les croyances et le sincère désir de changement sont déjà, dans cette élection, rentrés dans l'Histoire.

Il y a une histoire que j'aimerais partager avec vous aujourd'hui, une histoire que j'ai eu l'honneur de raconter lors de la commémoration de la naissance de Martin Luther King, dans sa paroisse, Ebenezer Baptist, à Atlanta.

Il y a une jeune blanche de 23 ans, du nom d'Ashley Baia, qui travaillait pour notre campagne à Florence, en Caroline du Sud. Depuis le début, elle a été chargée de mobiliser une communauté à majorité afro-américaine. Et un jour elle s'est trouvée à une table ronde où chacun, tour à tour, racontait son histoire et disait pourquoi il était là.

Et Ashley a dit que quand elle avait 9 ans sa maman a eu un cancer, et parce qu'elle avait manqué plusieurs jours de travail elle a été licenciée et a perdu son assurance maladie. Elle a dû se mettre en faillite personnelle et c'est là qu'Ashley s'est décidée à faire quelque chose pour aider sa maman.

Elle savait que ce qui coûtait le plus cher c'était d'acheter à manger, et donc Ashley a convaincu sa mère ce qu'elle aimait par-dessus tout, c'était des sandwichs moutarde-cornichons. Parce que c'était ce qu'il y avait de moins cher.

C'est ce qu'elle a mangé pendant un an, jusqu'à ce que sa maman aille mieux. Et elle a dit à tout le monde, à la table ronde, qu'elle s'était engagée dans la campagne pour aider les milliers d'autres enfants du pays qui eux aussi veulent et doivent aider leurs parents.

Ashley aurait pu agir différemment. Quelqu'un lui a peut être dit a un moment donné que la cause des ennuis de sa mère c'était soit les noirs qui, trop paresseux pour travailler, vivaient des allocations sociales, soit les hispaniques qui entraient clandestinement dans le pays. Mais ce n'est pas ce qu'elle a fait. Elle a cherché des alliés avec qui combattre l'injustice.

Bref, Ashley termine son histoire et demande a chacun pourquoi il s'est engagé dans la campagne. Ils ont tous des histoires et des raisons différentes. Il y en a beaucoup qui soulèvent un problème précis. Et pour finir, c'est le tour de ce vieillard noir qui n'a encore rien dit.

Et Ashley lui demande pourquoi il est là. Il ne soulève aucun point en particulier. Il ne parle ni de l'assurance maladie ni de l'économie. Il ne parle ni d'éducation ni de guerre. Il ne dit pas qu'il est venu à cause de Barack Obama. Il dit simplement : « Je suis ici à cause d'Ashley. »

« Je suis ici à cause d'Ashley »
. A lui seul, ce déclic entre la jeune fille blanche et le vieillard noir ne suffit pas. Il ne suffit pas pour donner une assurance santé aux malades, du travail à ceux qui n'en n'ont pas et une éducation à nos enfants.

Mais c'est par là que nous démarrons. Par là que notre union se renforce. Et comme tant de générations l'ont compris tout au long des deux cent vingt et une années écoulées depuis que des patriotes ont signé ce document a Philadelphie, c'est par là que commence le travail de perfection. »

Traduction de Didier Rousseau et de Françoise Simon
Ammon & Rousseau Translations, New York

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Commentaires

Magnifique discours, qui permet de mesurer - à mes yeux, bien entendu, car je ne connais les Etats-Unis que par leur littérature - combien est grand l'écart entre nos deux pays. Merci pour cette traduction.

Ecrit par : Frédérique | 20.03.2008

Merci d'avoir ainsi éclairé notre lanterne, en ayant fait l'utile investissement de la traduction de cet important discours.

Et puisque vous demandez de diffuser, c'est (modestement) fait:
voir
http://www.caktus.be/cactus_piquante_plante_gr/2008/04/lincroyable-d-2.html